LE ROI QUI S’AVANCE DÉSARMÉ

En ce dimanche où les rameaux frémissent entre nos doigts, un vent de mystère traverse l’Église. Oui, frères et soeurs, la Liturgie de ce dimanche nous place devant un paradoxe saisissant. Nous acclamons un Roi qui entre en Jérusalem, non pas sur un char de guerre, mais sur la monture des humbles : Jésus s’avance, humble, porté par un ânon, et pourtant c’est toute la création qui retient son souffle. Les foules crient Hosanna, les branches de palmiers qu’elles agitent sont le symbole d’un grand enthousiasme, mais déjà l’ombre de la croix glisse sur les pavés de Jérusalem. Tout est là, dans cette tension brûlante : la joie qui éclate et la Passion qui s’annonce, la lumière qui danse et la nuit qui approche.

Le Christ entre dans la ville comme on entre dans un coeur : sans forcer, sans bruit, sans armes. Il ne conquiert rien, absolument rien, Il se donne. Il ne réclame pas la couronne, Il en assume plutôt les épines. Il ne cherche pas la gloire, il embrasse plutôt la fragilité humaine jusqu’au bout. Et c’est ainsi qu’Il règne : par la douceur qui désarme, par la fidélité qui ne cède pas, par l’amour qui ne renonce jamais.

Frères et soeurs, la Passion n’est pas seulement le récit d’un drame ancien. Elle est la grande traversée où Dieu rejoint nos nuits, nos nuits les plus épaisses. Dans nos fatigues, nos peurs, nos renoncements, Il marche encore, silencieux et proche, portant nos croix avec une tendresse plus forte que toutes les violences. Sur le bois, Il ouvre un passage que rien ne pourra refermer.
Alors, en entrant dans la Semaine Sainte, laissons tomber nos défenses. Offrons-Lui nos routes encombrées, nos élans inachevés, nos fidélités fragiles. Laissons-Le nous conduire vers cet espace intérieur où la vie renaît, où la paix se fraie un chemin, où l’espérance recommence à respirer.

Que cette semaine soit un sanctuaire : un lieu où le Christ nous apprend à aimer jusqu’au bout, à croire contre toute évidence, à espérer contre toute espérance, à marcher vers la lumière même lorsque la nuit semble gagner. Car déjà, dans le silence du coeur, une aurore se prépare : celle de Pâques qui, tout au fond, commence à luire. Entrons dans cette semaine les yeux véritablement fixés sur Jésus-Christ.

Fructueuse Semaine Sainte,

                                                  Père Aimé Christian Baziomo